Superposition de théories sur la disparition d’Ettore Majorana, reproduction de paquets de cigarettes probablement annotés par Ettore Majorana (manuscrits par Étienne Klein), série de masques en aluminium d’après scanner de l’artiste, anagramme, 2017. 

En Collaboration avec Etienne Klein

La physique quantique nous transporte en des univers incroyables où, à coups de trous de ver et d’effet tunnel, la frontière séparant le possible de l’impossible devient poreuse. Reste que nulle chose ne peut s’y néantiser radicalement : rien ne peut jamais devenir absolument rien. 

Mais les physiciens, eux, disparaissent parfois sans laisser de trace, emportés par un désir fou d’errance définitive. 

Ce fut le cas d’Ettore Majorana, génial théoricien qui s’évapora un jour de mars 1938, à l’âge de trente-et-un ans. Personne ne sait ce qui lui est arrivé : suicide ? fuite en Amérique du Sud ou dans un univers parallèle ? réclusion dans un monastère ? Le jeune homme a si bien orchestré sa disparition (envoyant préalablement des messages mutuellement contradictoires, donc impossibles à harmoniser) que le mystère demeure. Il apparaît aujourd’hui telle une particule quantique dont la destinée superpose une multitude de trajectoires différentes. Aucune des hypothèses envisageables à propos de sa disparition ne pouvant être considérée comme plus fondée que les autres, la seule chose que l’on puisse dire aujourd’hui, c’est qu’il a disparu à une certaine date (qui est connue), qu’il est mort à une autre date (qui n’est pas connue), et qu’entre ces deux événements le cours de sa vie a pu suivre mille et un scénarios différents, tous aussi plausibles, tous impossibles à départager. […]

Extrait de Le philtre des Macedonia, Étienne Klein, 2017.

Pour l’exposition Information quantique, Galerie Jérôme Poggi.